19.08.2009
Danger la vente de terre en Afrique
Pays africain bénéficiant d’un climat subtropical et de sols fertiles, bien arrosés, cherche investisseurs étrangers susceptibles de valoriser 250 000 hectares de terres agricoles contre versement d’un loyer modéré. Fiscalité avantageuse, rapatriement des récoltes assuré.
Des annonces, comme celle-ci, peuvent avoir du succès et attirer beaucoup de clients. Cinq pays se distinguent par leur acquisition en terre. La Chine, la Corée du Sud, les Emirats arabe unis, le Japon, l’Arabie Saoudite.
Ils disposent aujourd’hui de plus de 7,6 millions d’hectare à cultiver hors territoire national. Soit l’équivalent de 5,6 fois la surface agricole de la Belgique.
Amplification du phénomène : « achat de terre ». Entre 15 et 20 millions d’hectares ont fait l’objet de transaction depuis trois ans surtout en Afrique.
On estime que d’ici à 2030 il faudra trouver pour répondre à la demande. Pour un continent aux pays synonyme de famine et d’enfants squelettique, le rythme est suffisamment préoccupant.
Peut-on parler d’une chance à saisir pour développer enfin la production agricole ?
Du point de vue de l’économiste on peut, de prime abords, souligné le fait que ce phénomène peut favoriser la croissance dans les pays concernés.
En effet, avec la délocalisation agricole :
· Les débouchés pour les récoltes sont assurés. Les entrepreneurs sauront sûrement où vendre leur production.
· Dynamisation de la création d’emploi
· Construction d’infrastructure
· Dopage de la productivité grâce au mouvement technologique
· Accroissement des rendements agricoles, des grandes exploitations mécanisées à faible main d’œuvres.
On dirait qu’il n’y a que de positif dans le phénomène comme conséquence. Mais une analyse plus poussée du phénomène une prise en compte ce celui-ci dans son contexte transforme ces avantages en inconvénients.
Débouchés pour les récoltes : quelles débouchés ? Quels sont les marchés ciblés par les entrepreneurs ?
Le phénomène d’acquisition des terres en Afrique est de la « délocalisation agricole », comparables aux délocalisations industrielles.
Examinons le contrat signé par Daewo à Madagascar en 2008 et dénoncé récemment par le régime d’Andry Rajoelina. Le groupe coréen proposait de produire du maïs et de l’huile de palme dans un pays qui consomme essentiellement du riz et qui doit en importer. L’objectif de l’investisseur étranger n’était pas de résoudre la crise alimentaire Malgache, mais plutôt de s’auto sécuriser tout en se positionnant sur le marché mondial, notamment celui des biocarburants.
Dans la majorité de ses contrats il y a opposition claire entre les objectifs des paysans et ceux des investisseurs. Les entrepreneurs recherchent à maximiser le profit et à satisfaire les besoins de leurs pays d’origine.
Dans la majorité des pays d’origine des investisseurs qui achètent ou louent les terres. On constate :
· Une augmentation de la population
· Une augmentation de la consommation par habitant
· Une augmentation de l’utilisation des biocarburants
· Un accroissement de la dérive spirituelle et morale
Les marchés ciblés par ceux-ci seront majoritairement les marchés des pays acheteurs et le marché des biocarburants. Les marchés locaux seront laissés pour compte. La production agricole nationale destinée à la consommation locale diminuera au profit des exportations.
Les paysans devront se contenter de leurs revenus et des importations. La sensibilité de l’économie aux fluctuations des cours mondiaux augmentera. La moindre variation des cours à la hausse provoquera la famine, la détresse et la grogne dans la rue. Les manifestations violentes seront plus récurrentes.
En plus les entrepreneurs donnent du travail à une partie de leur population rurale en envoyant leurs paysans cultiver en Afrique pourtant une main d’œuvre est disponible sur place. Qui reste inemployée ?
Ceci combiné au dressement de barrière comme l’immigration entraîne : une augmentation du taux du chômage dans les pays vendeurs de terre en générale et africain en particulier.
Quand on plante des milliers d’hectares de terre fertiles en palmier à huiles pour produire des biocarburants, on confisque des terres qui pourraient nourrir des millions d’affamés
Construction d’infrastructures, dopages de la productivité, accroissement des rendements agricoles par de grandes exploitations mécanisées utilisant peu de main d’œuvre.
En Afrique la terre est exploitée de façon extensive. Etant donné le fait qu’en Argentine quatre hommes suffisent pour exploiter 1000 hectares de soja transgéniques, on peut estimer le nombre de paysans africains qui devront quitter les lieux où ils sont nés pour aller grossir les bidonvilles des capitales.
Ces opérations vont fort probablement créer une catégorie nouvelle et très importante de paysan sans terre mais aussi sans emploi et sans domicile. L’exode rural sera amplifié. Les économistes disent que l’Afrique doit augmenter ses rendements agricoles par des grandes exploitations mécanisées à faible main d’œuvre, mais il oublie le problème sous-jacent : le gonflement exponentiel des quartiers urbains précaires qui en découlera. Un véritable danger social.
En outre, avec :
· Le manque de transparence
· Le niveau intellectuel bas : nombreux sont ceux qui signent les contrats sans prendre en compte toutes les conséquences à cause de l’analphabétisme.
· Le fait que ses contrats mettent en jeu : des investisseurs volontiers corrupteurs et des Etats vulnérables à la corruption
· La pauvreté des paysans combinées aux difficultés d’ordre économique dues à la crise financière entraînera la vente à vil prix de la terre sans prise en compte des conséquences sur le long terme.
On peut croire que ses accords seront déséquilibrés et non, apparemment ou mal contrôlés par les autorités. Le risque pour les populations de perdre leurs droits sur les terres qui les font vivre est grand.
En 2008, le groupe indien Varun Industries a proposé aux autorités de Madagascar un projet portant sur 500 000 hectares : il s’agissait de louer les terres directement aux paysans et de leur garantir 30% du riz qui y serait produit pendant cinquante ans. Sachant que le groupe d’agrobusiness envisageait de passer très vite à la culture intensive les rendements auraient rapidement atteint 12 tonnes à l’hectare, et les paysans concernés auraient reçu davantage de riz qu’ils n’en produisaient auparavant en culture extensive. Ce projet est de prime abords bon marché mais n’oublions pas ceci une amélioration temporaire de la situation pour flatter le vendeur est possible. Vendre les terres à l’étranger c’est dangereux.
« On n’est jamais si bien servi que par soi même ». C’est à l’africain, c’est au pays, c’est au paysan que reviennent le droit, le devoir, et l’obligation de produire la nourriture qu’il consomme.
Cette rué vers les terres arables du continent africain est du pure et simple « néocolonialisme agraire ». Pour une Afrique libre et propre à la vie, cette tendance macabre doit être inversée.
Kene Ludovic18:13 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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